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domaines de la médecine, et en particulier dans le traitement de
diverses maladies dégénératives.
Ces recherches posent des questions éthiques inédites. Une partie d’entre
elles nécessiteront, en effet, le recours à des cellules souches d’origine
embryonnaire : elles soulèvent donc la question du respect de l’embryon
humain, qui dès le début de son existence est autre chose qu’un simple
matériel biologique. Face à la souffrance de tant de malades aujourd’hui
incurables, la recherche est également un devoir éthique.
L’Université
catholique de Louvain se reconnaît ainsi un double devoir d’initiative et
de précaution. Nous désirons donner la priorité à ces questions éthiques
avant les considérations économiques et scientifiques, qui n’ont
elles-mêmes de sens que si la dignité de l’humain est préservée. Nous
rappelons aussi que toute utilisation de l’embryon humain doit s'entourer
de directives éthiques et scientifiques contraignantes : d’abord un débat
démocratique à l’échelle de la société, ensuite la définition de mécanismes
de contrôle et de décision transparents.
A. Définitions
L’organisme contient des cellules qualifiées de “ cellules souches ”.
Celles-ci présentent la caractéristique d’être indifférenciées et de
pouvoir si nécessaire se différencier en cellules possédant les propriétés
de cellules matures. Les scientifiques peuvent isoler des cellules souches
de l’organisme et les maintenir en culture. Dans ces conditions les
cellules souches prolifèrent à l’état indifférencié. L’espoir des
scientifiques est de pouvoir induire leur différenciation en vue de les
administrer à un patient et de reconstituer un tissu lésé.
Les cellules souches peuvent être prélevées chez des embryons à un stade
très précoce, chez des foetus ou chez des adultes. Selon leur origine, on
distingue donc des cellules souches embryonnaires, fœtales ou adultes. Ces
trois origines différentes posent des problèmes éthiques et scientifiques
spécifiques.
Les cellules souches embryonnaires
sont considérées comme totipotentes.
Elles ont, en effet, la capacité de se différencier en tous les types
cellulaires d'un organisme et de produire un embryon entier. Certaines
cellules souches fœtales possèdent vraisemblablement la même propriété de
totipotence. Les cellules souches adultes sont actuellement considérées
comme pluripotentes. Elles sont capables de se différencier en plusieurs
types cellulaires, mais leur capacité de différenciation semble moins large
que celle
des cellules souches embryonnaires. Les cellules souches embryonnaires sont
en pratique prélevables sur des embryons constitués uniquement en vue de ce
prélèvement (embryons de recherche).
Elles sont également prélevables sur
des embryons qualifiés de surnuméraires.
Les
techniques de fécondation in vitro, couramment pratiquées dans notre pays,
font, en effet, que le nombre d'embryons formés excède le nombre d'embryons
utilisés. Ces très nombreux embryons surnuméraires sont congelés et
finalement détruits après quelques années si plus aucun projet parental ne
conduit à leur utilisation dans un but de procréation.
Il est
essentiel de noter que ces embryons ont été formés avec l’intention précise
d’un projet parental, et non à des fins de recherche. Les cellules souches
fœtales proviennent du cordon ombilical ou de tissus obtenus lors
d’avortements. Les cellules souches adultes sont prélevées sur un individu
après la naissance.
Contrairement aux cellules souches
embryonnaires, elles sont difficiles à cultiver et elles se multiplient
difficilement.
Cela peut représenter une limitation pour leur usage
thérapeutique qui nécessite des quantités importantes de cellules.
Les cellules souches embryonnaires risquent d'être rejetées par le patient
auquel elles seraient administrées pour des raisons d'incompatibilité
immunitaire car elles ne possèdent pas le même patrimoine génétique que le
patient.
Pour contourner cet obstacle, on peut
prélever chez un patient un noyau d’une cellule somatique (contenant son
patrimoine génétique) et le transférer dans un ovocyte dont on aurait au
préalable enlevé le noyau. Cet ovocyte pourrait en culture se développer en
un embryon, d’où les cellules souches embryonnaires seraient isolées. Ces
cellules souches embryonnaires, contenant cette fois le patrimoine
génétique du patient, pourraient enfin être différenciées en vue de leur
utilisation thérapeutique. Ce principe porte le nom de clonage thérapeutique.
Sur le plan technique il est similaire au transfert de noyau qui a permis
la création de la brebis Dolly, à l'exception du fait que l'embryon Dolly a
été réimplanté et a donc servi à un clonage qualifié de reproductif.
B. Les fondements éthiques et scientifiques de notre position actuelle
La question éthique fondamentale concerne la dignité absolue des personnes
et le respect dû à tout ce qui appartient à l'ordre de l’humain.
Dans le cas présent, cela pose le problème du statut éthique de l’embryon
humain.
Sans prétendre répondre de manière définitive à ce problème très ancien,
nous pensons que quatre éléments constitutifs du statut éthique de
l’embryon humain doivent être tenus simultanément, sans qu’aucun de ces
quatre éléments soit suffisant à lui seul.
L’élément biologique. Même s’il n'est pas possible de définir de
manière objective à quel moment, après la fusion des gamètes, l’embryon
humain constitue un individu “ personnalisé ”, il appartient, jusque dans
sa nature biologique, à l’ordre de l’humain.
Il ne pourra donc
jamais être considéré comme du simple matériel biologique, équivalent à du
matériel animal. Ceci reste vrai et doit être pris en compte quelles que
soient les manipulations éventuelles auxquelles il est soumis en vue d’un
projet de procréation, d’un projet de recherche, ou d’un projet
thérapeutique.
L’élément relationnel. La dignité qui s’attache à la personne
humaine n’est pas définie seulement par sa nature biologique. Pour exister
elle doit être reconnue à la personne par les autres membres de la
communauté humaine. La dignité humaine est ainsi une création éthique de
civilisation, indispensable à la constitution du psychisme humain et des
sociétés humaines. Ces dernières forment des cultures, qui sont d’un autre
ordre que la simple synergie fonctionnelle des membres qui les composent,
comme c’est le cas pour les sociétés animales.
L’embryon humain, dans cette perspective, peut
être considéré comme une potentialité, voire comme un appel à être
accueilli et reconnu comme une “personne humaine”. Ceci ne signifie pas
qu’il soit possible de réaliser cet accueil pour chaque embryon existant.
Ainsi, dans la fécondation in vitro, il est nécessaire de constituer des
embryons surnuméraires pour aboutir à la naissance d’un enfant (la même
déperdition d’embryons existe d’ailleurs dans la procréation naturelle).
L’élément symbolique. Comme création culturelle humaine, en soi
immatérielle, la dignité des personnes ne prend consistance que par les
actions concrètes qui la symbolisent.
Cet ensemble
symbolique forme un tout qui dépasse les seules personnes existantes :
ainsi, par exemple, respectons-nous les cadavres et la plupart des animaux.
Toute restriction à ces supports symboliques de la dignité humaine, par
exemple la manipulation instrumentale de ce qui est, a été ou sera humain
(depuis les cellules jusqu’aux organes du corps) risque d’entraîner la
diminution du respect effectif pour les êtres humains existants. Ceci est
particulièrement vrai pour les embryons humains.
La question scientifique doit faire l’objet de travaux ultérieurs.
Bien que le clonage ait été réalisé dans différentes espèces animales - le
fait fut très largement médiatisé -, il existe encore de nombreux problèmes
scientifiques à résoudre dans l'utilisation des cellules souches tant
embryonnaires qu’adultes. Une recherche scientifique est donc indispensable
afin de mieux préciser les conditions et les risques potentiels de leur
utilisation thérapeutique. Des données fournies par l’expérimentation sur l’animal
sont nécessaires. En outre, le développement de ces recherches ne doit pas
occulter le besoin de recherche dans d'autres directions telles que
l'utilisation de nouveaux médicaments et la thérapie génique.
C. Les positions de l’UCL
Les prises de position qui suivent supposent en préalable que toutes les
recherches qui peuvent être réalisées avec du matériel animal en donnant un
résultat équivalent, doivent recevoir la priorité sur des recherches
réalisées avec l’humain.
Un second préalable est que jamais l’embryon
humain ne peut faire l’objet d’un commerce.
De même il est
exclu de rétribuer des femmes pour en obtenir des ovocytes. De telles
pratiques iraient directement à l’encontre du respect de la dignité humaine
et ramèneraient les embryons au statut d’instruments chosifiés.
Prélèvement des cellules souches des embryons surnuméraires
Quand le projet parental a été rencontré et plutôt que d’autoriser la
simple destruction de leurs embryons, les géniteurs peuvent, dans un esprit
éthique de solidarité, céder ces embryons en vue du prélèvement de cellules
souches qui serviront à la recherche ou à soigner d’autres individus. Le
prélèvement des cellules souches embryonnaires peut être autorisé aux
conditions suivantes :
a/le prélèvement doit se faire dans le cadre d’un projet de recherche ou
thérapeutique approuvé par le comité d'éthique compétent ;
b/les géniteurs doivent avoir donné par écrit leur consentement libre et
éclairé après avoir reçu une information complète sur le protocole
envisagé.
Les cellules souches prélevées chez l’adulte
L’utilisation des cellules souches d’adultes ne pose pas d’autre problème
que celui du respect des règles éthiques habituelles (consentement libre et
éclairé, respect de l’intégrité du corps humain, etc.).
Il est d’autant plus indiqué, non seulement de ne pas abandonner,
mais d’encourager les recherches dans cette direction.
Prélèvement des cellules souches chez le foetus
L'utilisation des cellules souches provenant de foetus et obtenues suite à
une interruption de grossesse pose évidemment les nombreux problèmes liés à
la pratique de cette interruption. Dans la continuité des ses positions
prises en matière d’interruption volontaire de grossesse, l’UCL s’oppose à
ce que celle-ci soit pratiquée dans le but d’obtenir des cellules souches.
Prélèvement des cellules souches dans le sang du cordon
Le prélèvement, la conservation et l’utilisation des cellules souches
prélevées dans le sang de cordon sont soumises aux règles éthiques
habituelles (cf. point 2). Cependant des directives-cadres devraient être
adoptées pour assurer la sécurité sanitaire et les dimensions éthiques de
ces procédures (caractère public des organismes chargés de la conservation,
anonymat des dons, allocations non déterminées par le donneur, etc.).
Clonage thérapeutique
L’UCL et les cliniques Saint-Luc et Mont-Godinne sont favorables, sous
réserve des conditions éthiques strictes décrites ci-dessus, à des
recherches sur le tissu humain. En effet, le transfert nucléaire à partir
de cellules du patient permettra d’éviter l’écueil important des rejets
immunitaires. Cette recherche se fera exclusivement dans le but à
développer de nouveaux traitements médicaux. Il est essentiel toutefois de
poursuivre la recherche concernant le transfert nucléaire (clonage
“thérapeutique”) sur l’animal
Réimplantation d’embryons
Quand il a été soumis à des manipulations de recherche autres que celles
pratiquées dans un but diagnostique avec des indications médicales
reconnues (diagnostic préimplantatoire notamment), un embryon ne peut
jamais être réimplanté, en raison des risques pour l'enfant à venir.
Non création d’embryons à visée reproductive
Le clonage à visée reproductive est inacceptable pour quelque raison que ce
soit.
Embryons pour la recherche
Au stade actuel des recherches, en raison de la réserve qui doit marquer
les attitudes envers les embryons humains pour maintenir la signification
de leur dignité, nous n’acceptons pas que l’on puisse créer des embryons
uniquement dans un but de recherche.
Les très nombreux embryons surnuméraires devraient suffire. Si, le moment
venu, une pénurie de ceux-ci ou bien des données scientifiques nouvelles
exigeaient la création d’embryons, celle-ci ne pourrait être autorisée que
dans des limites très strictes.
Source :
UCL
Interview de certains Professeurs de l’UCL
Marcel Crochet, Recteur UCL, LLB 2002-10-13
Pour la première fois, des chercheurs d'une institution catholique prennent
position en faveur de l'utilisation des cellules souches de l'embryon
humain.
«Notre décision doit être replacée dans le contexte des fécondations in
vitro ! »
Marcel Crochet, recteur de l'université catholique de
Louvain-la-Neuve (UCL) depuis 1995, commence par rappeler que l'UCL qui
s'enorgueillit d'une faculté de médecine, d'un laboratoire de recherche et
d'un centre médical (Mont-Godinne) ainsi que d'une clinique (Saint-Luc)
universitaires, n'a pas cessé, depuis vingt ans, de pratiquer des FIV, ou
fécondations in vitro. En 1987, en effet, alors que Rome interdisait ces
techniques de fécondation artificielle, les médecins de Louvain avaient
décidé de poursuivre leurs travaux. Le service de gynécologie de la
clinique Saint-Luc, à Bruxelles, dirigé par le professeur Jacques Donnez,
est d'ailleurs considéré comme un centre de premier plan dans ce domaine.
Or ce sont les mêmes arguments que ceux qui avaient été avancés en 1987 _
observer l'évolution scientifique, venir en aide à ceux qui souffrent et
respecter la dignité humaine _ qui ont été repris pour expliquer la
position de l'UCL à propos de « l'utilisation des cellules souches
humaines dans la recherche et leur application à la thérapeutique ».
Depuis quelques années, les responsables médicaux de l'UCL se demandaient
que faire des embryons conçus en trop et congelés pendant quelques années. «
Dès lors que le projet parental a été réalisé et que les parents font
savoir qu'ils ne comptent pas les utiliser, ne pouvait-on pas envisager de
les utiliser pour guérir d'autres personnes plutôt que de les détruire ? »,
poursuit Marcel Crochet.
Michel Dupuis (2002-10-12)
Source : www.saintluc.be
Choisir le sexe de son enfant, utiliser des embryons dans la recherche
médicale, concevoir un "enfant-médicament"... Parole à un
philosophe : Michel Dupuis, philosophe et directeur de l'unité d'éthique
médicale à l’UCL (Université Catholique de Louvain)(…)
Vous parliez des embryons surnuméraires. Quelle est votre position?
Il existe des embryons surnuméraires grâce aux (ou à cause des) progrès de
la médecine procréatique. Je pense que permettre à tous les couples d'avoir
un enfant est un progrès positif. Mais cela ne doit pas nous empêcher de
nous questionner par rapport au statut de l'embryon.
Rationnellement, on sait que l'on ne peut garder ces embryons indéfiniment,
surtout une fois que le projet parental est accompli. Que faut-il alors en
faire? Les détruire? Permettre leur "adoption" par un couple qui
ne pourrait pas concevoir (et non attendre) un enfant? Les utiliser dans le
cadre de recherches qui aideront à concevoir de nouvelles thérapies?
Personnellement, j'estime qu'il faut répondre à trois questions avant de
prendre une décision, en ce qui concerne l'utilisation thérapeutique.
Premièrement, le couple qui a conçu ces embryons doit être d'accord de les
"céder" (par exemple, parce qu'il est arrivé au bout de son
projet parental); deuxièmement, il faut travailler dans un cadre
scientifique rigoureux, supervisé par le comité d'éthique. Enfin, il faut
interdire toute commercialisation de ces embryons, quel que soit le but
final.
Si ces conditions sont remplies, je pense que l'on peut utiliser des
embryons à des fins thérapeutiques.
Mais avec un léger frisson... On transgresse quelque chose en utilisant cet
organisme vivant, avec lequel on est parent. Il faut y faire attention: on
ne travaille pas que sur des cellules... (une femme qui fait une fausse couche
ne dit pas qu'elle a perdu quelques cellules). Cette transgression se
justifie cependant, au nom du mieux être qu'elle pourrait apporter à
plusieurs personnes, en permettant à la recherche de progresser.
Je dirais que l'on peut donc franchir le pas, "faute de mieux".
Si les mêmes recherches étaient possibles sur des cellules souches adultes,
il est clair que ma position devrait être revue. De même, grâce aux progrès
de la FIV, il y aura de moins en moins d'embryons surnuméraires. Se pose alors
la question de la création d'embryons, conçus uniquement pour la recherche,
ce qui me fait problème, car on serait alors dans l'instrumentalisation de
l'embryon, ce qui n'est pas tolérable.
Ne s'agit-il pas d'un débat entre scientifique et philosophe, entre la science
et la raison?
Ce n'est pas si simple: il y a avant tout des citoyens. Il faut mettre des
garde-fous, responsabiliser les gens, mais il est évident que les
chercheurs ont une sagesse et qu'ils l'utilisent. De même, je crois au bon
sens des gens, il ne faut pas leur dire ce qu'ils doivent penser, mais
simplement veiller à ce qu'ils aient toutes les cartes en mains pour se
forger une opinion. Nous devons développer notre sens critique, car si le
philosophe n'a pas le monopole de la sagesse, la science ne doit pas être
une religion, dont les médecins seraient les grands prêtres.
Je crois que le clivage entre des scientifiques pragmatiques et des
penseurs n'existe plus, nous sommes plutôt dans un clivage de fond, de
convictions, qu'elles soient philosophiques, spirituelles, humaines. La
discussion est transversale.
Qu'en est-il des "enfants-médicaments", soit les enfants
conçus en fonction de certains critères génétiques, afin qu'ils puissent
"sauver" un frère ou une soeur?
Je n'aime pas le terme d'"enfant-médicament" , car il est
simpliste. Dire cela, c'est déjà donner une réponse. Si l'enfant est
médicament, o
doit l'accepter, et pourquoi pas rembourser les frais de FIV!
Le désir humain n'est pas noir ou blanc. Il y a des parents qui ne penseraient
jamais à cela; parfois c'est le médecin qui en parle au détour d'une
conversation. Le désir d'enfant vient-il avant la discussion? Est-ce que ce
sont les propos du médecin qui le déterminent?
Ce qui m'interroge, c'est l'échec.
Comment va vivre cet enfant s'il n'a pas pu sauver son frère ou sa soeur?
Comment les parents vont-ils l'accepter? Et l'enfant qui est malade,
comment va-t-il se comporter face à ce cadet? Va-t-il le jalouser? Le
déifier?
Je fais appel à mon bon sens... Restons attentifs aux conséquences
psychologiques et, quand la question se pose, tâchons d'éclaircir la
conscience des parents et des médecins, pour que la décision soit la
meilleure possible, dans chaque cas particulier. Ce qui importe
certainement, c'est que l'enfant doit être vu comme tel, exister à part
entière, et pas pour ce qu'il devrait apporter à sa fratrie.
En somme, nous ne sommes pas prêts aux progrès de la médecine...
En effet. La science avance plus vite que l'éthique et il faut reconnaître
qu'elle n'est guère freinée par les questions éthiques. C'est une
responsabilité nouvelle pour nos sociétés: éclairer les choix, soit jouer
le rôle de "consience", c'est-à-dire l'esprit critique et la
liberté, dans le respect absolu pour les personnes.
Interview du Pr J. Donnez (Université Catholique de Louvain) : les
recherches sur les cellules souches embryonnaires ne portent pas atteinte à
la dignité humaine.
Source : La Croix, 23/11/2002
Pour le professeur Jacques Donnez, de l'université catholique de Louvain en
Belgique, il ne faut pas encadrer trop étroitement la recherche
biotechnologique. Interview de Jacques Donnez, chef du service de
gynécologie et de fécondation in vitro de l'université catholique de
Louvain-la-Neuve (UCL), à la clinique universitaire Saint-Luc.
Qu'est-ce que la nature humaine ? Ce concept est-il recevable par tous ?
Jacques Donnez : Oui. Il s'agit de respecter le fait que chaque être
humain est unique, car déterminé par la rencontre aléatoire d'un
spermatozoïde et d'un ovocyte. C'est là, dans le fait que chaque être est
unique et différent que réside la dignité humaine. Ce concept est donc
fondateur et incontournable. Mais, selon nous, ce n'est pas en procédant à
des recherches sur les cellules souches embryonnaires que l'on y porte atteinte.
C'est-à-dire ?
La progression normale de la médecine fait qu'après avoir cherché à
remplacer l'organe malade en en greffant un autre prélevé chez un donneur,
on cherche davantage maintenant à implanter des cellules différenciées
(type cellules musculaires, hépatiques, pancréatiques, etc.) qui pourront
recoloniser la partie défectueuse de cet organe. Il faut distinguer les
cellules souches obtenues à partir du sang du cordon ombilical, les
cellules souches prélevées sur l'embryon et les cellules souches prélevées
sur l'adulte. Les cellules souches prélevées dans le sang du cordon ne
posent pas de problème _ dès lors que la mère l'accepte _ et sont déjà
utilisées pour traiter certaines leucémies. Les cellules souches adultes ne
peuvent pas se multiplier comme les cellules souches embryonnaires:
celles-ci peuvent se différencier, soit en n'importe quel tissu (on parle
alors de cellules « totipotentes»), soit en tissu spécifique (cellules «
pluripotentes »). Par exemple, des cellules hépatiques obtenues à partir de
cellules souches pourraient être utilisées pour remplacer les cellules
défectueuses d'un foie malade.
Ces recherches sur les cellules souches embryonnaires pourraient-elles
permettre un jour de régénérer n'importe quel tissu du corps humain ?
Un jour viendra, peut-être proche, où tous les types cellulaires pourront
être reproduits. On pourrait envisager, par exemple, de fabriquer des
cellules nerveuses à partir de cellules souches, afin de régénérer la
moelle épinière d'une personne devenue paraplégique à la suite d'un
accident de la route. On pourrait également obtenir des neurones pour
traiter des dégénérescences nerveuses. Il me semble qu'on ne peut ignorer
aujourd'hui ces pistes de recherche.
En ce qui concerne les diagnostics préimplantatoires, quels sont les
principaux risques de dérives ?
Le diagnostic préimplantatoire s'applique chez des couples susceptibles de
transmettre certaines maladies génétiques, telle la mucoviscidose. En
théorie, la sélection des embryons selon une demande spécifique des parents
est possible, notamment celle du sexe, qui est très facile à identifier
avec les méthodes de coloration des chromosomes. D'ailleurs, de tels
diagnostics d'embryons se font sûrement dans certains pays.
A l'UCL, nous ne procédons jamais à une telle sélection du sexe, sauf pour
éviter une maladie liée au chromosome X qu'un garçon, ne possédant qu'un
seul X, risquerait de développer. En cas de risque d'hémophilie, par
exemple, on cherchera à implanter un embryon fille.
Pourrait-on voir se développer une demande de « bébé sur catalogue » ?
Dès lors que tous les gènes spécifiques de l'intelligence, de la taille,
etc., seront connus, on pourra effectivement, en théorie, procéder à une
sélection très précise des embryons. Ces demandes devront être bannies, car
on entrerait dans un contexte de sélection embryonnaire incompatible avec
la dignité humaine. De plus, les équipes qui réalisent la fécondation in
vitro disposent de très peu de temps pour procéder à de telles sélections,
l'embryon devant être réimplanté au maximum quarante-huit heures après
avoir prélevé.
Faut-il encadrer au niveau international ces différentes recherches en
biotechnologie ?
Dans le domaine éthique, je ne crois pas trop à l'efficacité des lois ou
des instances internationales. Il me semble plutôt qu'il revient à chaque
équipe de recherche médicale de s'entourer de son comité d'éthique propre
et de se donner des principes à la fois clairs et souples, qui différeront
selon le type de recherches effectuées, mais aussi selon le pays. La mise
en place de tels principes, s'appuyant sur des fondements philosophiques,
moraux et religieux, nécessite du temps. Ici, à l'UCL, notre réflexion sur
le clonage thérapeutique a duré deux ans.
Finalement, cette question du respect de la dignité humaine est-elle
d'ordre éthique ou politique ?
Sans doute sera-t-on obligé de passer par le politique, qui se sent obligé
de s'intéresser à ces questions éthiques. Mais il n'y a pas besoin
d'instances internationales pour redire les grands principes généraux
(refuser tout clonage d'un être adulte, par exemple) sur lesquels tout le
monde est d'accord. Je crains qu'en se lançant dans une législation à
outrance, on ne bloque le processus normal de l'avancée de la recherche
médicale. Or, la médecine aussi a un devoir éthique: celui de rendre sa
dignité à l'homme malade ou blessé en le soignant de la manière la plus
appropriée.
Mais n'y a-t-il pas des limites à ne pas franchir ?
En 2002, il existe certes des limites à ne pas franchir. Néanmoins, nous
sommes dans une société en perpétuelle mutation, et l'être humain aussi est
en perpétuelle évolution. De nombreux interdits d'hier font l'objet de
consensus aujourd'hui. Nul ne peut nier la nécessité d'une perpétuelle
recherche, sans laquelle l'homme ne pourrait se dépasser. Néanmoins, s'il
nous est impossible de prédire notre évolution et notre avenir, il nous
faut toujours rester vigilant.
Propos recueillis par Claire Lesegretain. La
Croix.BayardWeb.com
Articles de presse/ déclarations en réaction à cette prise de position
Belgique: Tension à l'Université catholique de Louvain. La recherche sur
les embryons en question
CITE DU VATICAN, Vendredi 13 décembre 2002 (ZENIT.org) – La recherche sur
les embryons crée des tensions à l'Université catholique de Louvain (UCL,
Louvain-la-Neuve, francophone), indique la revue de presse de la Fondation Jérôme Lejeune.
Fin octobre, le recteur de l'Université catholique de Louvain-la-Neuve
annonçait que l'université "autorisait le prélèvement des cellules
humaines sur les embryons surnuméraires et si nécessaire la production
d'embryons humains pour la recherche"(cf. revue de presse du
24/10/02
http://www.genethique.org/revues/revues/2002/octobre/24_10_02.htm#2).
Un mois après, Jacques Donnez, chef du service gynécologie et de
fécondation in vitro à la clinique Saint Luc de l'UCL (Bruxelles)
expliquait pourquoi il refuse de s'aligner sur les recommandations de
l'Académie pontificale pour la Vie concernant l'embryon (Cf.
http://www.academiavita.org et http://www.vatican.va).
Selon lui, la recherche et la destruction d'embryons surnuméraires ne
portent pas atteinte à la dignité humaine de même que la production
d'embryons humains pour la recherche. Cela fait partie de "la
progression normale de la médecine" et "on ne peut ignorer
aujourd'hui ces pistes de recherche". Certains membres du personnel
académique, surpris de voir que la position présentée comme "position
officielle de l'UCL" n'avait jamais fait l'objet d'aucun débat au sein
de l'université, alors qu'elle était en contradiction avec la position de
l'Eglise catholique en matière de bioéthique, ont réagi vivement et
demandent une discussion au sein même de l'université. Ce débat intervient
alors même que le pape Jean Paul, revenant sur la vocation des Universités
catholiques lors d'un congrès international sur l'Éducation catholique, a
rappelé que "les centres universitaires qui portent le nom de
catholique se doivent de respecter les lois de l'Église et le Magistère,
notamment en matière de bioéthique".
www.zenit.org (2002-12-13)
Mgr Léonard s’exprime : « Dérives menaçantes dans l’utilisation des
embryons humains. »
Les initiatives parlementaires se multiplient pour prendre distance par
rapport au sens de la personne qui s’est développé dans notre culture sous
l’influence d’une philosophie humaniste inspirée par la foi. Légalisation
de l’avortement, c’est-à-dire légalisation de la mise à mort de ce que nous
avons tous été. Légalisation, dans certaines conditions, de la mise à mort
directe d’un malade incurable ou en phase terminale, en opposition
radicale, quoi qu’on dise, avec l’inspiration généreuse et efficace des
soins palliatifs.
Volonté de mettre sur le même pied que le mariage l’union de personnes de
même sexe, en contradiction totale avec le sens des mots et avec le
fondement de toute société humaine, celui du couple stable d’un homme et
d’une femme susceptibles (si leur âge le permet) de donner la vie. Notre
pays n’en finit pas de régler ses comptes avec la culture chrétienne. Et
ce, en plusieurs cas, au mépris des conventions européennes et des
recommandations du Conseil de l’Europe.
La même dérive risque de se produire en matière d’expérimentation sur les
embryons. La Belgique court le danger de s’y doter d’une des législations
les plus laxistes au monde. Ce faisant, nos responsables croient être
d’avant-garde alors qu’ils sont profondément rétrogrades, car le progrès
authentique passe par le respect de l’humain, jamais par sa réduction au
rang de moyen.
Avec la proposition de loi Mahoux-Monfils, nous sommes exposés à voir se
multiplier des pratiques très hasardeuses sur le plan de leur réelle
efficacité thérapeutique, mais, à coup sûr, extrêmement dommageables quant
au respect de la dignité humaine des embryons. Les embryons surnuméraires,
non implantés lors de la procréation artificielle, vont servir de cobayes
pour la recherche. Pire, en contradiction avec la Convention européenne, on
envisage, en certains cas, la création d’embryons, c’est-à-dire de
personnes humaines en croissance (nous avons tous été cela!), aux seules
fins de la recherche scientifique. On envisage aussi d’exploiter les
cellules-souches embryonnaires (celles qui permette
t de créer des tissus humains) en produisant à partir d’elles des clones
thérapeutiques.
Enfin, même si elle n’est plus mentionnée dans sa seconde version, cette proposition
de loi n’exclut pas la thérapie génique germinale, celle qui modifie de
manière héréditaire le génome humain, ce qui est formellement interdit par
la Convention européenne en la matière. Espérons que des scientifiques et
des philosophes avertis s’élèveront pour dénoncer ces dérives et encourager
les voies moralement acceptables pour des thérapies nouvelles, à savoir
l’utilisation des cellules-souches adultes, capables, elles aussi, à terme,
de produire des tissus thérapeutiques, mais sans porter atteinte à la
dignité de la personne humaine. Dans ce débat, les universités catholiques
ou authentiquement humanistes ont un rôle prophétique à jouer, à l’image de
scientifiques célèbres, tel Jacques Testart (non chrétien pourtant!), qui
ont même renoncé à la fécondation in vitro. Celle-ci, justement réprouvée
par l’Église catholique, ouvre la porte à tous les abus. En créant des
embryons surnuméraires, elle induit le raisonnement fallacieux selon
lequel, puisque ces embryons existent et ne seront pas adoptés dans un
projet parental, il vaut mieux les utiliser pour la recherche que de les
détruire. Un principe qui peut conduire très loin!
Quel geste prophétique si une université authentiquement catholique ou
humaniste renonçait à la procréation artificielle et promouvait plutôt la
recherche en vue de prévenir la stérilité! Quel sens du progrès
scientifique et moral si une telle université renonçait à l’exploitation
des cellules-souches embryonnaires et au clonage thérapeutique et
développait exclusivement la recherche sur les cellules-souches adultes! Au
début, on y perdrait en gloriole et en rentrées financières, mais, à terme,
quelle fécondité scientifique de pointe! Et quel progrès moral d’avoir
renoncé aux subtilités trompeuses donnant à penser que la dignité humaine
d’un embryon est celle que nous lui reconnaissons, ce qui est la négation
même de l’idée de droits humains objectifs!
Des universités catholiques ou humanistes d’Europe auront-elles le courage
du progrès scientifique et moral authentique? S’en trouvera-t-il en
Belgique? Espérons qu’il n’est pas trop tard.
+ André-Mutien LÉONARD, évêque de Namur. Dans Vers l'Avenir
et l'Avenir du Luxembourg, le mercredi 27 novembre.
Belgique : l'Université Catholique de Louvain accepte le clonage thérapeutique
Source : La Croix, 24/10/2002.
Dans ce but, un groupe de travail réunissant médecins, philosophes,
théologiens et autorités de l'université, était nommé en septembre 2001.
Après un an de réflexion, ce groupe a tranché positivement : l'UCL « autorise
le prélèvement des cellules souches humaines sur les embryons surnuméraires
et si nécessaire la production d'embryons humains pour la recherche »,
peut-on lire dans un document daté du 7 octobre.
Les médecins de Louvain posent plusieurs préalables
Ces cellules souches embryonnaires peuvent, en effet, être différenciées en
vue de leur utilisation thérapeutique. Or, ce principe, similaire sur le
plan technique à la méthode utilisée pour la création de la brebis Dolly,
porte le nom de « clonage thérapeutique ». « A l'exception du fait,
s'empresse d'ajouter le texte de l'UCL, que l'embryon Dolly a été
réimplanté et a donc servi à un clonage reproductif. »
Les médecins de Louvain posent ainsi plusieurs préalables. D'abord, que le
prélèvement de ces cellules souches embryonnaires se fasse dans le cadre
d'un projet approuvé par le comité d'éthique et après que les géniteurs
auront donné par écrit leur consentement sur le protocole envisagé.
Ensuite, que la priorité soit donnée aux recherches pouvant être réalisées
avec du matériel animal. Enfin, que jamais l'embryon humain ne puisse faire
l'objet d'un commerce car « de telles pratiques ramèneraient les embryons
au statut d'instruments chosifiés ». De même, l'université catholique de
Louvain-la-Neuve s'oppose à l'utilisation des cellules souches issues de
foetus provenant d'une interruption volontaire de grossesse.
Ce n'est pas la première fois que l'UCL, financée par l'Etat comme les huit
autres institutions universitaires de Belgique, adopte une position éthique
qui ne coïncide pas avec celle de Rome. Certes, précise le recteur, les
milieux catholiques, à commencer par le cardinal Danneels qui, en tant
qu'archevêque de Malines-Bruxelles, est statutairement grand chancelier de
l'UCL, ont été tenus informés de la préparation de ce document. « Mais si
nous sommes une université catholique, nous sommes aussi une université
libre et indépendante.
Claire Legretain
Source : La Croix BayardWeb
Belgique : Louvain - Rome, les embryons de la discorde
Pour la première fois, des chercheurs et théologiens de l'université
catholique de Louvain se prononcent en faveur de la recherche sur l'embryon
pour développer de nouveaux traitements contre des maladies incurables.
Quitte à s'opposer à Rome. Les chercheurs de Louvain ont continué à
utiliser les techniques de fécondation in vitro après l'interdiction de
Rome, en 1987.
« Je suis médecin, catholique pratiquant, je n'ai jamais effectué
d'avortement mais je suis prêt, en mon âme et conscience, à utiliser des
embryons pour développer de nouveaux traitements contre des maladies
incurables, à partir du moment où les géniteurs sont d'accord. » Le Pr
Jacques Donnez dirige le service de gynécologie de la clinique Saint-Luc, à
Bruxelles. Il est aussi l’un des auteurs d'un texte publié le 7 octobre par
l'université catholique de Louvain-la- Neuve, en Belgique, qui va soulever
un vif débat au sein de l'Église. Pour la première fois, en effet, des
chercheurs catholiques y prennent position en faveur de la recherche sur
les cellules souches embryonnaires.
"Face à la souffrance de tant de malades aujourd'hui incurables, la
recherche est aussi un devoir éthique," affirment-ils. Ils s'y
prononcent également pour le clonage thérapeutique, c’est-à-dire la
création d'embryons par transfert de cellules dans un ovocyte.
Louvain-la-Neuve, ce sont deux hôpitaux de 900 lits et une prestigieuse
université reconnue pour ses travaux en médecine.
"II s'agit d'une totale instrumentalisation de l'humain"
Trois questions du magazine La Vie à Patrick Verspieren, jésuite,
responsable du département d'éthique médícale du centre Sèvres, à Paris.
Que pensez-vous du texte publié par l'université de Louvain-la-Neuve?
Patrick Verspieren. Ce texte me surprend et me paraît mal venu.
Comme l'Église catholique, il réaffirme la dignité absolue des personnes et
le respect dû à tout ce qui appartient à l’ordre de l’humain. Mais, à
l'arrivée il n'en tient absolument pas compte dans ses conclusions. Les
recherches qu'il défend supposent de cultiver des embryons humains, de leur
prélever des cellules, puis s'en débarrasser. Il s'agit totale
instrumentalisation de l'humain, à laquelle l'Église catholique est
opposée.
L’un des préalables est que les géniteurs soient d'accord, affirme le
texte.
C'est choquant, car, d'un côté, on parle du respect dû à l'embryon et, de
l'autre, on affirme que l'utilisation pour la recherche est possible à
partir du moment où le projet parental n'existe plus. Cela signifie que les
géniteurs ont tout pouvoir sur leur embryon. Sa dignité n'existe-t-elle
qu'à travers le projet d'un couple? Je ne le crois pas. Je suis aussi
choqué de lire qu'il suffit de l'aval d'un comité d'éthique compétent pour
légitimer l'affaire. C'est toute l'ambiguïté de ces comités qui
estampillent des pratiques, mais au nom de quoi?
Faut-il renoncer, selon vous, à ces recherche qui, pourraient peut-être,
à terme, soigner des malades incurables?
II existe un autre type de recherche, sur les cellules souches adultes, qui
représente. une alternative et progresse avec des résultats prometteurs On
aurait pu attendre d’une université catholique qu'elle s'intéresse à cette
voie et ne soit pas fascinée par les potentialités de l'embr
on. On a l'impression que les scientifiques ont tellement envie de faire de
la recherche sur l'embryon qu'ils ne prêtent pas attention aux autres
possibilités. »
Source : La Vie, octobre 2002.
Rome/Belgique : universités catholiques: respecter l'enseignement de
l’Église en bioéthique www.zenit.org (archives 2002-12-05)
Jean-Paul II le rappelle, que "les centres universitaires qui
portent le nom de catholique se doivent de respecter les lois de l’Église
et le Magistère, notamment en matière de bioéthique"[…]."Il
est clair que les centres universitaires qui ne respectent pas les lois de
l’Église et l’enseignement du Magistère, notamment en matière de
bioéthique, ne peuvent pas se prévaloir du caractère d’Université
Catholique", déclarait le pape en français.
"J’invite donc chaque personne et chaque Université à réfléchir sur
sa façon de vivre dans la fidélité aux principes caractéristiques de
l’identité catholique et à prendre en conséquence les décisions qui
s’imposent", ajoutait Jean-Paul II. "L’Université
Catholique doit exercer sa mission avec le souci de maintenir son identité
chrétienne, participant à la vie de l’Église locale", exhortait le
pape.
Jean-Paul II rappelait également: "Tout en ayant son autonomie
scientifique, elle a la charge de vivre l’enseignement du Magistère dans
les différents domaines de la recherche dans lesquelles elle est
impliquée". "La Charte Ex corde Ecclesiæ souligne cette
double mission: en tant qu’université elle "est une communauté
académique qui, de manière rigoureuse et critique, contribue à la
sauvegarde et au développement de la dignité humaine et de l’héritage
culturel grâce à la recherche, à l’enseignement et aux différents services
offerts" (n. 12).
En tant que catholique, elle manifeste son identité fondée sur la foi
catholique, dans la fidélité aux enseignements et aux orientations qui sont
donnés par l’Église, assurant "une présence chrétienne dans le monde
universitaire, face aux grands problèmes de la société et de la
culture" (n. 13)", précisait le pape.
Le pape replaçait cette mission dans le cadre de la Nouvelle
Evangélisation: "Il revient en effet à chaque enseignant ou
chercheur, mais aussi à la communauté universitaire tout entière et à
l’institution elle-même, de vivre cet engagement comme un service de
l’Évangile, de l’Église et de l’homme". De là l'insistance sur
l'autorité dans l'Université: "En ce qui les concerne, les
Autorités universitaires ont le devoir de veiller à la rectitude et au
maintien des principes catholiques dans l’enseignement et la recherche au
sein de leur établissement". […] « Je voudrais vous exprimer ma
confiance et mes encouragements, ajoutait le pape.
Les Universités Catholiques sont précieuses pour l’Église. Elles
remplissent une mission au service de l’intelligence de la foi et du
développement du savoir; elles créent inlassablement des ponts entre les
scientifiques de toutes les disciplines. Elles sont appelées à être
toujours davantage des lieux de dialogue avec l’ensemble du monde
universitaire, pour que la formation culturelle et la recherche soient au
service du bien commun et de l’homme, qui ne peut pas être considéré un
simple objet d’investigation".
En italien, le pape a également souligné le rôle évangélisateur et culturel
des universités catholiques et a remercié le cardinal Zenon Grocholewski,
préfet de la congrégation romaine. "Le rendez-vous d'aujourd'hui,
confiait le pape, me rappelle avec émotion le temps où j'ai moi aussi pris
part à l'enseignement supérieur". En espagnol, le pape soulignait
"l'opportunité" de ce congrès dans le cadre de la globalisation,
car il met en relief que "l'Université catholique doit toujours
tenir présents à sa réflexion les changements de la société, pour proposer
des considérations nouvelles".
"L'institution universitaire, rappelait Jean-Paul II, est née
au sein de l'Eglise dans les grandes villes européennes, Paris, Bologne,
Salamanque, Padoue, Oxford, Coïmbra, Cracovie, Prague, en mettant en relief
le rôle de l'Eglise dans le domaine de l'enseignement et de la recherche".
Elle a ainsi formé des hommes qui étaient à la fois "des
théologiens et des humanistes", ajoutait le pape. Aujourd'hui
encore, constatait le pape, "les Universités catholiques continuent
de jouer un rôle important dans le panorama scientifique international et
elles sont appelées à prendre une part active dans la recherche et dans le
développement du savoir pour la promotion des personnes et le bien de
l'humanité".
"Les questions nouvelles, insistait Jean-Paul II, toujours en
espagnol, requièrent une grande prudence et des études sérieuses et
rigoureuses; elles posent de nombreux défis à la communauté scientifique
comme aux personnes qui doivent prendre des décisions, spécialement dans
les domaines politique et juridique". "Je vous encourage donc à
rester vigilants, soulignait le pape, pour percevoir les avancées
scientifiques et techniques, et dans le phénomène de la globalisation, ce
qui est prometteur pour l'homme et l'humanité, mais aussi les dangers [...]
pour l'avenir". "Parmi les thèmes d'actualité qui revêtent un
intérêt particulier, je voudrais citer, précisait Jean-Paul II, ceux
qui concernent directement la dignité de la personne et ses droits
fondamentaux, et avec lesquels les grandes interrogations de la bioéthique
sont en lien étroit, comme le statut de l'embryon humain et des cellules
souches, aujourd'hui objets d'expériences et de manipulations inquiétantes,
qui ne sont pas toujours morales ni justifiées scientifiquement".
"La globalisation, continuait Jean-Paul II en anglais, est le plus
souvent le résultat de facteurs économiques qui aujourd'hui plus que jamais
façonnent les décisions politiques, légales et bioéthiques, fréquemment au
détriment des préoccupations humaines et sociales. Le monde universitaire
devrait s'efforcer d'analyser les facteurs qui sous-tendent ces décisions
et devrait en retour contribuer à en faire des actes véritablement moraux,
des actes dignes de la personne humaine. Cela signifie mettre fortement
l'accent sur la dignité inaliénable de la personne humaine dans la
recherche scientifique et les politiques sociales". "A travers
leurs activités, les professeurs et les étudiants de vos institutions sont
appelés à porter témoignage de leur foi devant la communauté scientifique,
ajoutait le pape, en montrant leur engagement envers la vérité et leur
respect de la personne humaine. Pour les Chrétiens, la recherche doit en
effet être entreprise à la lumière de la foi enracinée dans la prière, dans
l'écoute de la Parole de Dieu, dans la Tradition et l'enseignement du Magistère".
"Le rôle de l'Université, continuait Jean-Paul II, toujours en
anglais, est de former des hommes et des femmes dans les différentes
disciplines, en prenant soin de leur montrer la profonde connexion
structurelle entre foi et raison, "les deux ailes grâce auxquelles
l'esprit humain s'élève à la contemplation de la vérité" (Fides et
Ratio, 1). On ne doit pas oublier qu'une véritable éducation doit présenter
une vision complète et transcendante de la personne humaine et éduquer les
consciences des gens".
Belgique : dès 1987, quatre prophètes en leur pays : UCL et fécondation
in vitro.
Article paru en mai 1987 dans La Libre Belgique.
Quatre théologiens moralistes se sont concertés pour nous adresser leur
point de vue sur la fécondation «in vitro », suite aux orientations prises
par le Centre d'études de bioéthique de l'U.C.L.(ndlr : 1987) et mises en
oeuvre à la Faculté de médecine de l'Université Catholique de Louvain. Il
s'agit. des pères, jésuites Albert Chapelle et Jean-Marie Hennaux professeur
à 1'I. E. T., et des abbés Michel Schooyans et André Léonard, professeurs à
l'UCL. Voici leur point de vue.
La crise est grave. Publiquement, des représentants de l'Université
catholique de Louvain, notamment de son Centre de bioéthique, prennent position
contre une doctrine que le Pape laisse et fait enseigner. Publiquement une
doctrine, morale est exposée qui met en cause la dignité de la procréation
humaine.
Car il n'est pas vrai que la FIVETE homologue (même sans ; congélatio
d'embryons respecte la moralité.) La conception «in vitro» est le résultat
d'une action technique qui préside à la fécondation ; elle n'est ni
effectivement obtenue, ni positivement voulue comme l'expression et le
fruit d'un acte spécifique de l'union conjugale: la FIVETE homologue est
opérée en dehors du corps des conjoints, par (les gestes de tierces
personnes dont la compétence et l'activité techniques déterminent le succès
de l'intervention; elle remet 1'identité de l'embryon au pouvoir des
médecins et des biologistes, et instaure la domination de la technique sur
l'origine et la destinée de la personne humaine (Donum vitae II B5).
La FIVETE homologue est ainsi contraire à la dignité de l'amour et; de la
procréation. Quelles que soient les bonnes intentions des. époux, pour
avoir un enfant, ils sont amenés dans la FIVETE homologue, à se faire les
instruments d'un pouvoir technique qui aliène l'initiative et l'originalité
de leur amour conjugal. Ils privent de surcroît leur enfant de la certitude
physique de son identité parentale. C'est par d'autres voies qu'il faut
rencontrer la souffrance de la stérilité qui éprouve certains couples.
Notre dénonciation ferme de la FIVETE, même homologue, même sans
congélation de l'embryon, repose sur une, considération réfléchie de l'amour
conjugal et de son orientation au don de la vie. Il est immoral de
méconnaître son intimité, comme il est grave d'attenter à sa fécondité.
Est-il d'ailleurs outrancier .de réclamer pour l'enfant le droit de naître
de l'amour et de l'union de ses parents ? Est-il encore étrange de rappeler
l'originalité propre des actes procréateurs qui associent les êtres humains
à l'oeuvre et à l'amour du Créateur ? Sous peine d'être privée de sa
dignité spécifique la génération de la personne humaine doit être lé terme
et le fruit d'un acte conjugal dans lequel les époux peuvent devenir
coopérateurs de Dieu pour le don de la vie à une nouvelle personne humaine
(Jean-Paul II, Familiaris consortio, 14).
A méconnaître ces données élémentaires de la vie et de 1’Amour, une culture
met en oeuvre des forces à long terme aveugles et meurtrières. La science
ne suffit pas à les conjurer; elle ajoute seulement à leur violence. Comme
la contraception artificielle systématique,(le sexe sans l'enfant) a induit
- quoi qu'on en ait d'abord voulu - l’avortement, la fécondation
artificielle -(l'enfant sans le sexe)-quoi qu'on en veuille encore-induit
l'eugénisme. Les fondements de I'Etat de droit sont battus en brèche et
l'expérience religieuse de l'amour et de la mort obscurcie.
Chacun connaît ce conflit des valeurs morales et techniques; il est
congénital à notre modernité. Il est déplorable que des moralistes échouent
dans ce discernement et induisent en erreur leurs collègues et leurs
concitoyens. Il leur appartient de tirer les conséquences d'une prise de
position qui les met en contradiction avec les droits de l'enfant et des
familles.
Le cas est d'autant plus grave qu'il implique une opposition publique avec
une récente instruction du Magistère de l'Eglise (Donum vitae, 22.2.87).
Car il ne s'agit pas ici d'une tentative de se former le jugement de la
conscience personnelle en vue d'une détermination pratique. Les
déclarations répercutées par les médias constituent l’élaboration d'une
doctrine morale qui, dans certaines conditions, affirme licite ce qu'en
même temps et dans les mêmes conditions le Magistère de l’Eglise déclare
illicite. Un tel dissentiment doctrinal est contraire aux bonnes règles de
la communion catholique (CIC 754) . II est de plus inadmissible de le
rendre public par toutes voies médiatiques accessibles. Il est de surcroît
intolérable de le présenter comme la doctrine d'une institution qui se veut
et se dit catholique. Les auteurs de ces déclarations, sans exemple dans
notre pays, devraient tirer les leçons de leur erreur.
Et aussi à propos de l’interruption volontaire de grossesse : « Charte
Médicale », Jean-Marie Henneau s.j., 1991.
Avis / Lois votées à ce moment en Belgique :
- Avis du comité
consultatif de bioéthique, 16 septembre 2002. Ce document
servira de base au sénateurs pour voter une loi sur l’expérimentation sur
les embryons.
- Accord du Sénat pour la recherche et la constitution d’embryons humains.
Le Sénat a accepté le 5 décembre, la proposition de loi, déposée par
Philippe Monfils (MR) et Philippe Mahoux (PS), relative à la recherche sur
les embryons in vitro: 39 sénateurs ont voté pour, 17 contre. Il y a eu 8
abstentions. Le projet de loi ainsi adopté a été transmis à la Chambre des
représentants. Il permet la recherche sur les embryons surnuméraires mais
donne aussi la possibilité de « constituer » des embryons in vitro à des
fins de recherche, selon l’article 4 de la loi qui dit :
« §1. La constitution des embryons in vitro à des fins de recherche est
interdite, sauf si l’objectif de la recherche ne peut être atteint par la
recherche sur les embryons surnuméraires et pour autant que les conditions
de la présente loi soient remplies.
§2. La stimulation des ovules est autorisée si la femme concernée est
majeure, donne son accord consigné par écrit et si cette stimulation est
scientifiquement justifiée. La recherche sur les embryons qui en
résulteront devra respecter les règles définies dans la présente loi »
Source : Sénat
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